2016

De loin les choses sont plus belles.

Rezdechaussée Lieu d'intention artistique

66 rue Notre-Dame, Bordeaux

 

 

Cuba, à l'instar d'autres pays considérés comme périphériques, a attiré l'attention à plusieurs reprises, et particulièrement ces dernières années,  principalement en Amérique du Nord et en Europe qui ont considéré l'île comme une perle précieuse. Dans le domaine de l'art, si l'on essaie d'étudier sa dynamique et le travail des artistes émergents, si l'on tente d'inverser cette attitude colonialiste, consumériste et critiquable, nous ne trouvons qu'un objet de satisfaction : notre art isolé pour des raisons politiques ou géographiques peut s'ouvrir au reste du monde et, de cette façon, devenir international.

International, parce que lorsque l'on ne parle que de centres et de périphéries, de globalisation, de bulles spéculatives, Cuba serait une sorte de branche de cet arbre très feuillu avec une couleur différente, conditionnée par ses limitations géopolitiques où agissent des dynamiques d'interactions politiques, sociales, religieuses et culturelles. Cuba, en particulier, est typique par son mélange de races, de religions, de cultures et d'ethnies et ce syncrétisme se reflète dans son art.

Certains thèmes communs peuvent être reconnus de prime abord comme l'exil, l'urgente nécessité de communiquer sa sensation d'isolement déterminée par la situation politique, l'héritage du fonctionnalisme d'inspiration soviétique, la préservation des rituels, la condition de la négritude, etc.

L'art cubain est un ensemble d'influences plurielles et de motifs africains, caribéens et hispaniques, chacun d'eux prétendant affirmer son identité.

Ces différentes caractéristiques semblent communes à beaucoup d'artistes cubains dans et hors de l'île. Cependant, malgré les différentes décisions, les critiques et les changements, nous semblons imperméables à cela car un certain orgueil, une allégresse jointe à la critique, se transforment souvent en une ironie typique et subtile. Les noms de lieux, les horizons, les frontières, la carte de Cuba semblent gravées au tréfonds de notre âme et de notre mémoire.

L'art cubain va vers d'autres expériences inexplorées et retourne à ses essences, c'est ce même chemin qu'empruntent ces artistes hors de Cuba en continuant à construire leurs propres îles, quel que soit l'endroit où ils se trouvent. Ils ont fait un choix stratégique, obligatoire dans certains cas, celui d'un aller-simple, sans espoir de retour.

Et ce choix implique d'assumer avec responsabilité l'art dans cette dérive internationale. C'est précisément dans ces conditions que nous voudrions jeter les bases du projet de cette exposition avec la présentation de huit créateurs cubains qui, au jour d'aujourd'hui, continuent à produire dans différentes parties du monde.

Cette nouvelle configuration d'îles connaît l'hallucinante et démesurée force des medias, le capitalisme vécu, l'échelle réelle du monde, l'assourdissant show de la politique. Il y a maintenant une vigoureuse hybridation visuelle de codes expressifs sur ces nouveaux territoires qui n'ont cessé de grandir. On peut percevoir néanmoins, en même temps, un intérêt pour ce qui nous est propre et un lien récurrent avec notre lieu d'origine. Nous avons assumé une explicite hybridation. On peut être régional et international en même temps sans que cela n'entraîne de contradiction. Nous avons adopté des postures individuelles conséquentes avec nos contextes, il n'est plus nécessaire de faire que notre production artistique soit une suite de stéréotypes.

L'hybridation est devenue notre terrain de travail naturel toujours en nous efforçant de concilier les cultures. Nous souhaitons démontrer d'autres histoires possibles perméables à l'international et au régional en même temps, nous allons les faire converger sans antagonismes internes. Nous continuerons à voyager avec l'art contemporain vers tous les horizons avec et sans enracinement. Nous en assumons le risque.

RICARDO DE ARMAS